Lundi 31 octobre 2011
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Alexis, c'est un de mes arrière-grands-pères, le père du père de mon père. Né en 1837 à Plouguenast (au nord de Loudéac), c'était un des nombreux enfants de Julien, tailleur
selon l'acte de naissance. L'avenir qui l'attendait sur place était celui d'un tâcheron rural. Avec Pauline, sa jeune épouse, lingère, ils ont pris un chemin déjà emprunté par des
cousins : celui du Croisic, où leur premier enfant naîtra en 1867, et le huitième - mon grand-père, Constant - en 1882. Il y sera jardinier,
puis sacristain.
Heureusement sans doute pour moi que les cousins étaient passés par là, et qu'aller prendre le train à Saint-Brieuc n'était pas encore un comportement répandu
à Plouguenast(1). Le parcours de mon arrière-grand-père se rettache ainsi clairement
à la première phase de l'exode rural breton : celle ou l'on cherchait du travail de proche en proche, de préférence en Bretagne, en utilisant à l'occasion des filières familiales.
Le Croisic, avec son port actif, les navires de bois construits sur place, la production, le transport et le commerce du sel, est une destination intéressante.
Département le plus peuplé de Bretagne, mais aussi le plus rural, les Côtes-d'Armor ont en
revanche particulièrement pâti de la disparition de l'administration bretonne des Ponts-et-Chaussées inspirée, depuis le gouverneur d'Aiguillon au siècle précédent, par le souci de
moderniser la voierie et les ports pour développer le commerce. On s'est surtout occupé de bien relier les sous-préfectures à la préfecture, et les préfectures à Paris, où les changements de
régime générent pour ces dernières d'autres soucis que l'amélioration des chemins ruraux pour assurer la prospérité des bourgs.
A
l'approche de la fin du XIXème siècle, Saint-Brieuc est toujours à une bonne demi-journée de marche, mais on peut désormais être le lendemain
sur un marché du travail plus accueillant que celui des bourgs endormis, plus actif que celui de Rennes et beaucoup plus proche en temps d'accès que Le Croisic ou Nantes.
Grâce au chemin de fer radial à la française, ce marché privilégié, c'est en effet, au
choix : Paris, Paris ou Paris. La décrue démographique des Côtes-d'Armor va s'accélérer, la croissance de la région parisienne aussi, tandis que nos grandes villes bretonnes -
et françaises - , qui jusque-là leur étaient comparables, sont laissées sur place par les autres grandes villes d'Europe, ce qui
fige à leur tour les grandes diagonales et freine l'activité générale du pays, ce que la démographie française elle-même va sévèrement traduire entre 1850 et 1950 (graphique ci-contre - cliquer dessus pour l'agrandir).
La centralisation, ce n'est pas seulement une technique contestable d'organisation du pouvoir et du territoire : elle a un coût économique, écologique,
culturel, social, énorme...
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(1) - Le premier train arrive en 1863 à la gare de Saint-Brieuc. Plouguenast ne sera desservi qu'au siècle suivant - et brièvement - par un
réseau départemental (CFA).
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